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Panneau de verre. Motifs gravés. Lumières du jour

Palais des congrès. Année 2010. Un artiste était passé par là et avait laissé à la vue du pubic de grands panneaux de verre sculptés. Je n'ai pas résisté

Comme un enfant, je n'ai pas su résister. J'ai joué avec la lumière

J'avais gardé dans mes cartons ces photos pour les jours de grisaille

Je les regardais à quelques reprises... comme une luminothérapie pour contrer les heures sombres de la vie

Jusqu'à tout récemment je n'avais pas senti la nécessité de publier ces photos

Contrastes de la nuit, éclats du jour, ainsi va la vie

La vie en fusion. J'aime ces confusions, ces amalgames diurnes et nocturnes, ces rêves indéfinis et inachevés

J'avais remarqué les effets de lumière derrière ces panneaux, laissant des empreintes lumineuses qui m'ont ébloui

Créer la lumière par le mouvement, un simple mouvement, un élan, un simple élan

Époque où il faut sortir de cette cage qui a gardé emprisonnés nos pinceaux et notre imaginaire

Franchir sans coup férir ces parts d'ombres qui obstruent notre passage vers la lumière

Je sais bien, comme l'écrivait Jean Dubuffet, que l’art ne vient pas coucher dans les lits qu’on a faits pour lui; il se sauve aussitôt qu’on prononce son nom : ce qu’il aime c’est l’incognito. Ses meilleurs moments sont quand il oublie comment il s’appelle. J'aurais voulu être un artiste... mais je n'ai point de lit à offrir

 

Soir d’hiver

 

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À la douleur que j’ai, que j’ai !

 

Tous les étangs gisent gelés,
Mon âme est noire : Où vis-je ? où vais-je ?
Tous ses espoirs gisent gelés :
Je suis la nouvelle Norvège
D’où les blonds ciels s’en sont allés.

 

Pleurez, oiseaux de février,
Au sinistre frisson des choses,
Pleurez, oiseaux de février,
Pleurez mes pleurs, pleurez mes roses,
Aux branches du genévrier.

 

Ah ! comme la neige a neigé !
Ma vitre est un jardin de givre.
Ah ! comme la neige a neigé !
Qu’est-ce que le spasme de vivre
À tout l’ennui que j’ai, que j’ai !…

 

Émile Nelligan – Poésies complètes

Une idée magique : fêter les neiges. Je m'y suis rendu

J'ai profité d'un moment en semaine pour venir jeter un œil sur cette fête. Hélas! Hiver s'est montré cruel et impitoyable

Une pluie et une neige mouillée ont laissé de vilaines traces sur le parcours et sur les sculptures de glace

Nous ne pourrons jamais être en contrôle sur les éléments saisonniers. Cruelle saison

Les enfants ont le don de trouver les endroits qu'il faut pour poursuivre bon gré mal gré la fête.

Ces chemins de glace et d'eau n'ont pas facilité la tâche du photographe

Glisser c'est bien. Nager en hiver est moins bien

Puisque je me suis rendu sur les Iles Jean Drapeau, vaut mieux alors profiter de quelques scènes bucoliques...

Au passage, me semble bien triste celui-là...

Cette fois, je mettrais au compte d'un beau désordre enfantin la présence de ces cubes épars

Ce qui redeviendra un beau village d'hiver avec le retour de la froidure et d'une petite, oh! mais toute petite tempête de neige

Pieds fragiles sur glace vive. Jeux d'équilibre assurés

Autre jeu de glisse... moins déstabilisant celui-là. Vivement un beau retour de neige

Après cette visite rapide, j'ai pris le chemin du retour en saluant la biosphère

Je n'ai pu m'empêcher de saisir en cliché ce point de vue d'une ville que j'affectionne et de vous l'offrir à titre de conclusion

 

Court poème que je aux enfants de la Fête des neiges

 

Cent mille chats gris couleur de souris.
Ils ont le bout des pattes blanc:
pattes de velours posées doucement
cent mille chats gris dans le ciel tout gris
cent mille chats gris cachés dans la nuit.
La neige neige lentement.

 

Claude Roy

Photographe : Bonjour Sam. Connais-tu le sens du mot «éphémère»?
Sam : Non. Mais je connais celui du mot «cacahuètes».
Photographe : Très drôle.

Par le grand parc Maisonneuve, j'ai suivi la piste qui menait vers la deuxième édition de la Forêt éphémère de Montréal

Nul instant sans regarder la beauté de ces géants parmi les grands de la nature

Œuvre contrapuntique, la forêt éphémère s'érige dans un environnement de béton

Le béton résiste, les forêts meurent

Ce début de forêt éphémère n'est pas sans rappeler que ce que l'humanité détruit elle peut nous le rappeler avec modestie

Cette forêt éphémère naît pour la deuxième année de la récupération des sapins jetés à la porte des maisons après les Festivités de Noël

Cette initiative collective permet l'action citoyenne

Des messages d'espoir et émouvants y sont formulés dans une langue populaire

Et si l'humanité venait un jour à prendre conscience de nos forêts éphémères

Et ces villes, ces provinces, ces pays, ces continents, leurs dirigeants, sans âme, prendront conscience qu'un seul arbre les vaut toutes et tous

 

Après l’Homme

 

Après l’Homme, après l’Homme,
Qui dira aux fleurs comment elles se nomment ?
Après l’Homme, après l’Homme,
quand aura passé l’heure de vie du dernier Homme.

 

Qui dira aux fleurs
combien elles sont belles ?
N’y aura de cœur
à battre pour elles.

 

Après l’Homme, après l’Homme,
que sera encore le mot « merveilleux » ?
Après l’Homme, après l’Homme,
quand le dernier des hommes aura vidé les lieux.

 

Qui dira de la Terre
Qu’elle est sans pareille
et que dans l’Univers
elle est fleur de Soleil ?

 

Après l’Homme, après l’Homme…

 

Viens-t’en donc pour lors,
viens-t’en donc l’ami,
et chantons encore
le jour d’aujourd’hui.

 

Esther Granek – De la pensée aux mots (1997)

 

Un traîneau dans la neige

Faut-il se chagriner de l'oubli de certaines belles traditions de nos ancêtres et du folklore qui entoure leurs souvenirs

Un parc qui longe le fleuve et la renaissance de ces promenades en traîneau évoquent beaucoup d'émotions chez moi

Ces beaux attelages font renaître un mode de vie si coutumier à nos ancêtres

Et dans la froidure les rapides chevauchées pourfendaient les vents d'hiver

Fiers attelages en duo de chevaux qui battent le fer sur les sols enneigés

Chevauchez... chevauchez... chevauchez jusqu’à vous fondre dans la blancheur enneigée de l'hiver

Et regardant ces attelages s'éloigner je marcherai dans les sentiers improvisés de l'hiver

Au loin reviennent les bruits de ces sabots qui se crispent sous une neige endurcie

Rien n'arrêtera ma marche dans le froid du jour si ce n'est une courte pause devant le bel attelage

Chemin faisant un flot de souvenirs viendra chauffer mon cœur de vieillard perdu dans un passé déjà si lointain

J'égrènerai dans mes pensées toutes ces visites au fleuve, indéfectible ami de mes jours sombres

Et je me rapprocherai lentement et inexorablement de la fin de l'azur bleu que j'ai rêvé un jour d'atteindre, le cœur en cavalcade

 

La légende du cheval blanc

 

Sur un cheval blanc je t’emmènerai
Défiant le soleil et l’immensité
Dans des marais inconnus des Dieux
Loin de la ville
Uniquement nous deux
Et des milliers de chevaux sauvages
Feront un cercle pour nous isoler
N’entends-tu pas toutes les guitares
Criant de joie dans la chevauchée
Sur un cheval blanc je t’emmènerai
Défiant le soleil et l’immensité
Dans les marais inconnus des Dieux
Loin de la ville
Uniquement nous deux
Pourtant je sais que ce n’est qu’un rêve
Pourquoi faut-il que ce ne sois qu’un rêve
Mais l’hymne à l’amour je l’entends déjà
J’entends déjà son alléluia
Alléluia

 

Paroles et Musique : Claude Léveillée

 
 
 

Le poids vivant de la parole

 

On peut écrire, et l’on écrit ;
On peut se taire, et l’on se tait.
Mais pour savoir que le silence
Est la grande et unique clef,
Il faut percer tous les symboles,
Dévorer les images,
Écouter pour ne pas entendre,
Subir jusqu’à la mort
Comme un écrasement
Le poids vivant de la parole.

 

Armel Guerne

Un jour dans mon quartier

Week-end plutôt calme. Quelques photos de mon quartier, petit déjeuner dominical en famille, musique et cinéma

L'ordre semble se réapproprier les rues de mon quartier

Que dire d'un week-end banal, sans soubresauts, linéraire, désespérément ordinaire

Il y avait longtemps que je n'avais visité le beau parc Morgan scandaleusement abandonné par les autorités d'Hochelaga-Maisonneuve

Escaliers chaotiques, chemins obstrués, aires de circulation affreusement glacées...

L'oubli est une incommensurable indélicatesse et profondément dévastateur

Tant de souvenirs reposent ici en paix dans ce lieu déserté

Le pouvoir d'oublier, très fort chez les individus, l'est encore plus dans les sociétés humaines, écrivait Jacques Bainville

L'allumeur de réverbère n'est pas encore passé. Mais le jour faiblit rapidement et encore trop tôt

Cette ballade dans mon quartier m'aura été quelque peu salutaire pour chasser l'ennui momentané

Le loisir et le plaisir combinés peuvent se composer de petits luxes ignorés en d'autres temps

Chercher la beauté dans la banalité... la hantise du photographe

Cette fois l'allumeur de réverbère est bien passé. Il est temps de rentrer au bercail

 

Comment encore reconnaître

 
 

Comment encore reconnaître
 
ce que fut la douce vie 
 
En contemplant peut-être
 
dans ma paume l’imagerie

 
 

de ces lignes et de ces rides
 
que l’on entretient
 
en fermant sur le vide
 
cette main de rien.

 
 

Rainer Maria Rilke

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