J’avise les lectrices et les lecteurs que j’aborde – dans le cadre de cette rencontre exceptionnelle et inattendue – la chronique la plus difficile qu’il m’ait été donné d’écrire. J’aurais pu éviter cet écueil en reléguant dans mes tiroirs ces photos qui émailleront le sujet traité. Traiter de l’exclusion sans jamais avoir été exclu soi-même est hasardeux et téméraire. Aborder l’exclusion en faisant abstraction de ses propres préjugés à l’égard de cette dernière est un exercice périlleux. Éviter le voyeurisme dans la captation photographique d’une situation complexe m’a entraîné dans un débat intérieur auquel je m’étais, jusqu’alors, peu astreint puisque j’ai toujours recherché la subjectivité dans mes choix d’images. Mais cette fois, la situation est différente. Photographier l’exclusion en s’excluant du sujet a exigé de ma part une grande abnégation et une certaine humilité. Tout est dit. Je veux souligner que j’ai rencontré Beauté, une animatrice qui m’a parlé de l’Auberge Madeleine. Une maison d’hébergement pour femmes en difficulté. Je leur dédie cette modeste rubrique sur un fait divers de Montréal. Puisse ce fait divers rejoindre des coeurs et des consciences, au-delà des apparences, au-delà des provocations, au-delà des préjugés.

Les Jeunes de la Rue ont eu droit à leur Festival d'Expression de la Rue 2010 qu’ils ont célèbré, pour la quatorzième année, ces jours-ci sur la Place Louis Pasteur, espace qui appartient à l'Université du Québec à Montréal
(N’oubliez pas de cliquer sur les images pour les agrandir)

Le seul critère de réussite d'une collectivité devrait être sa capacité à ne pas exclure, à faire sentir à chacun qu'il est le bienvenu, car tous ont besoin de lui. A cette aune-là, le palmarès des nations est bien différent de celui proposé par les économistes (Albert Jacquard)

Il est plus d'un silence, il est plus d'une nuit Car chaque solitude a son propre mystère (Sully Prudhomme)

Un abécédaire bien douloureux : expulsion, renvoi, mise à l'écart, excommunication, révocation, destitution, radiation, élimination, suppression










Cher Pierre,
Je reconnais le “Pierre” que j’ai connu à ses débuts.
Avec des textes, plutôt que des images.
Les textes, on peut les rendre souples, durs, mollassons, même.
Les images, elles, parlent d’elles-mêmes.
A part les acteurs, nous n’avons pas que rarement plusieurs vies à notre actif.
Nous en sommes témoins. C’est tout. Nous faisons du journalisme sans l’être.
Nous sommes toujours subjectifs.
Rappelez-vous ma vision de mes articles “Face au miroir, réfléchissons sur notre vie avec un peu de subjectivité dans l’objectivisme”
C’est ce que j’ai toujours essayé de faire. Aucun jugement des autres. Une description avec des yeux de l’expérience propre.
Je me souviens d’un discussion orageuse sur un fait de société de chez nous. Une compétition spéciale.
Il était question de trouver la Miss SDF.
“Horreur et putréfaction. Vous vous rendez compte, on idéalise la pauvreté.”, disaient les plus riches souvent parmi les Français d’un site que vous connaissez. J’ai réagi assez fermement.
Les SDF en compétition parlaient tout autrement. Pour une fois, ils étaient au devant de la scène et pas à l’arrière.
La veille de notre fête nationale à une autre fête bien plus conviviale sur la Place du Jeu de Balle des Marolles. Je peux vous dire qu’on s’y amuse bien plus que le lendemain. Pas de fanfares ni trompettes.
Aujourd’hui, on parlait des gens du voyage.
Là aussi, les commentaires sont éloquents.
Nous sommes tous différents. Une formation différente, des familles différentes, des destins différents, donc des impossibilités de comparer sans jouer au juge.
Oui, il y a des gens qui ne “sauront” jamais et d’autres qui flamberont avec ostentation sans même s’en rendre compte.
“Les milliards vous remercient” lisais-je.
Yes, Sir.
Je crois que tout cela aussi devait être évoqué et j’ai été un peu plus long que d’habitude.
L’enfoiré
Votre commentaire mon cher ami est très sensible et émouvant. Et vous avez raison de soulever l’exemple du débat qui a cours actuellement en Europe, le cas des gens du voyage. Les grandes villes du monde font face à l’exclusion. Montréal n’y échappe pas.
Pierre R.
Pierre
J’en conviens. Votre chronique n’a pas dû être aisée à écrire. Sujet difficile pour celui ou celle qui n’a jamais été dans cette situation. L’exclusion! Et pourtant, elle est partout autour de nous.
Chaque jour, la presse en parle.
J’ai lu vos mots avec émotion.
C’est certain Pierre, vous n’étiez pas obligé de le faire mais vous l’avez fait et je vous en remercie. Je souhaite de tout coeur que votre rubrique “sur un fait divers” appelle à la tolérance.
Très belle citation d’Albert Jacquard.
Je vous souhaite une très bonne journée.
Denise
Sans l’accepter, il nous faut admettre que l’exclusion fait partie de nos sociétés. Cette laideur que nous voulons sous traire à notre regard se manifeste malgré tous les efforts que nous faisons pour l’éradiquer. À quel prix? Merci pour votre compréhension et l’intelligence que vous déployez à saisir les messages parfois alambiqués de certaines chroniques
Pierre R.