Celui qui regarde du dehors à travers une fenêtre ouverte, ne voit jamais autant de choses que celui qui regarde une fenêtre fermée. Il n’est pas d’objet plus profond, plus mystérieux, plus fécond, plus ténébreux, plus éblouissant qu’une fenêtre éclairée d’une chandelle. Ce qu’on peut voir au soleil est toujours moins intéressant que ce qui se passe derrière une vitre. Dans ce trou noir ou lumineux vit la vit, rêve la vie, souffre la vie. Par delà des vagues de toits, j’aperçois une femme mûre, ridée déjà, pauvre, toujours penchée sur quelque chose, et qui ne sort jamais. Avec son visage, avec son vêtement, avec presque rien, j’ai refait l’histoire de cette femme, ou plutôt sa légende, et quelquefois je me la raconte à moi-même en pleurant.
Si c’eût été un pauvre vieux homme, j’aurais refait la sienne tout aussi aisément.
Et je me couche, fier d’avoir vécu et souffert dans d’autres que moi-même.
Peut-être me direz-vous : « Es-tu sûr que cette légende soit la vraie ? » Qu’importe ce que peut être la réalité placée hors de moi, si elle m’a aidé à vivre, à sentir que je suis et ce que suis ?
Baudelaire: Petits poèmes en prose, (Les Fenêtres) – (1869)
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Solitaires ou jumelles, les fenêtres sont à la fois vol et envol des mots, des poésies, des émotions, des souvenirs
Je te l’ai dit pour les nuages
Je te l’ai dit pour l’arbre de la mer
Pour chaque vague pour les oiseaux dans les feuilles
Pour les cailloux du bruit
Pour les mains familières
Pour l’œil qui devient visage ou paysage
Et le sommeil lui rend le ciel de sa couleur
Pour toute la nuit bue
Pour la grille des routes
Pour la fenêtre ouverte pour un front découvert
Je te l’ai dit pour tes pensées pour tes paroles
Toute caresse toute confiance se survivent.
[ Je te l’ai dit pour les nuages ]
Eugène Emile Paul Grindel, dit Paul Eluard

Je ne veux pas que ma maison soit murée de toutes parts, ni mes fenêtres bouchées, mais qu'y circule librement la brise que m'apportent les cultures de tous les pays (Gandhi)
O toi qui savamment jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres,
Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des parfums et de l’heure et des rires champêtres.
Le soleil blondissait tes cheveux d’un long rai,
Tes prunelles sur moi dardaient leur double flamme ;
Tu m’apparus, ô nymphe ! et je considérai
Ton visage de vierge et tes hanches de femmes.
Je te vis sur la route où j’errais au hasard
Des ombres et de l’heure et des rires champêtres,
O toi qui longuement jettes un beau regard,
Bleu comme les minuits, à travers les fenêtres.
Renée Vivien – Poème d’amour

Un peuple d'hirondelles sans cesse tournoyaient autour de la maison; leurs nids d'argile s'abritaient sous le rebord des toits, dans l'embrasure des fenêtres, d'où l'on pouvait surveiller les couvées (André Gide - Si le grain ne meurt)
Petit dialogue impromptu que j’aurais pu capter sous ma fenêtre
- Qui aimes-tu le mieux, homme enigmatique, dis? ton père, ta mère, ta sœur ou ton frère?
- Je n’ai ni père, ni mère, ni sœur, ni frère.
- Tes amis?
-Vous vous servez là d’une parole dont le sens m’est resté jusqu’à ce jour inconnu.
- Ta patrie?
- J’ignore sous quelle latitude elle est située.
- La beauté?
- Je l’aimerais volontiers, déesse et immortelle.
- L’or?
- Je le hais comme vous haïssez Dieu.
- Eh! qu’aimes-tu donc, extraordinaire étranger?
- J’aime les nuages… les nuages qui passent… là-bas… là-bas… les merveilleux nuages!
Baudelaire: Petits poèmes en prose, I (1869)







superbe tissage d’images et de textes – j’aime beaucoup la noblesse simple des percements de la première
Brigetoun
Ces belles lucarnes ajoutent en effet un cachet bien particulier à cette maison ancestrale et elles sont, à une certaine époque, caractérisé beaucoup de maisons du Québec.
Pierre
Les fenêtres ouvertes ou fermées ont toujours une histoire à nous raconter ou alors c’est nous qui nous posons beaucoup de questions
en les admirant de jour comme de nuit où brille une jolie lampe derrière des rideaux.
Je me dis souvent, comme l’intérieur doit être chaleureux avec tout le secret que la maison garde parfois pour elle.
Ce sont de merveilleuses photos et poèmes que vous nous offrez.
Merci pour ce très beau moment
Bonne journée.
Denise
Si chaque fenêtre pouvait nous raconter… que d’histoires, de drames, d’instants heureux nous pourrions entendre.
De chiens assis à bow-windows, un collier de fenêtres soigneusement perlé. Purée suis une sorte de poète quand vos photos m’inspirent (auto-dérision 1er choix !) !!
RV
Je vous sais un grand poète qui dit avec des mots bien à lui sa réalité. Nous vous apprécions ainsi
[...] Windows : Les fenêtres d’un autre temps. [...]